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Lille-Fives et Pierre De Geyter

Pierre De Geyter voit le jour à Gand le 8 octobre 1848, à une époque où la révolution industrielle est en train d’imprimer à la société des changements profonds et rapides. Son père travaille comme salarié dans le textile. La population ouvrière, en forte expansion, vit pour la plupart dans des conditions misérables. L’émigration compte parmi les stratégies utilisées pour tenter de survivre. En 1855, la famille De Geyter, qui compte déjà cinq enfants, part pour Lille. Lille, dont les effroyables conditions de vie ont inspiré à Victor Hugo cette phrase : « Caves de Lille, on meurt sous vos plafonds de pierres »…

Pierre De Geyter entre au service de la fabrique de locomotive de Fives, près de Lille. Très avide de connaissances, il apprend à lire et à écrire dans une école ouvrière du soir. Son intérêt se porte ensuite sur l’art : à seize ans, il suit des cours de dessin à l’Académie de Lille. Cette formation lui permettra de devenir tourneur sur bois.

 

Son grand amour, pourtant, est la musique – les sources relatives à sa formation musicale sont rares, mais il semble que ses dons dans le domaine soient indéniables. Il devient membre du Parti (socialiste) ouvrier françaiset chef de la « Lyre des travailleurs », une chorale de la mouvance. De Geyter joue lui-même de la contrebasse et du saxophone. Très tôt, il se met à composer, d’abord dans le genre léger. Les divertissements musicaux remportent alors un grand succès dans les nombreux cafés populaires. Mais De Geyter met aussi son talent à la disposition du mouvement ouvrier en formation, notamment lors de grèves.

 

Gustave Delory, leader socialiste et futur maire de Lille, veut un chant de lutte pour la section lilloise du Parti. Comme texte, il a choisi un poème d’Eugène Pottier, l’une des grandes figures de la Commune de Paris. À sa demande, De Geyter est chargé de mettre celui-ci en musique. En juillet 1888, L’Internationale est interprétée pour la première fois. Le succès est immédiat et immense. Pour protéger Pierre De Geyter contre d’éventuelles réactions patronales, seul son nom de famille a été mentionné en tant que compositeur. Une précaution peu utile, puisqu’il est licencié et inscrit sur la liste noire.

Ayant de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, la famille De Geyter déménage en 1901 pour Saint-Denis, un faubourg de Paris. Entre-temps, un conflit a éclaté entre Pierre et son jeune frère Adolphe. La seule mention du nom de famille du compositeur pour des raisons stratégiques permet à Gustave Delory de prétendre que l’auteur du morceau est en fait Adolphe et que celui-ci lui a en outre cédé ses droits. Pierre a quant à lui quitté le parti socialiste.

 

En 1904, Pierre De Geyter entame un procès afin de récupérer ses droits de compositeur. Il faudra dix ans avant que la sentence ne tombe : De Geyter perd, mais décide d‘aller en appel. C’est alors qu’un événement dramatique change le cours de choses. Au début 1916, Adolphe De Geyter met fin à ses jours. Après la Première Guerre mondiale, Pierre reçoit de son frère une lettre datée de 1915 dans laquelle il avoue ne pas être l’auteur du chant : « Voilà: je n’ai jamais fait de musique, encore moins l’Internationale. »Adolphe affirme aussi avoir subi de fortes pressions pour affirmer le contraire.

 

En 1922, un tribunal parisien attribue la paternité de l’Internationale à Pierre De Geyter, qui est désormais membre du jeune parti communiste. Quatre ans plus tard, sa composition est inscrite au Bureau des auteurs. De Geyter, qui a alors déjà 76 ans, habite toujours Saint-Denis, où il a trouvé un emploi à la commune en tant qu’allumeur de réverbères. Mais ce jour-là, l’anonymat relatif dans lequel il vivait prend fin.

 

À l’ambassade d’Union soviétique, quelqu’un découvre que le compositeur de l’Internationale – qui, soit dit en passant, restera l’hymne national russe jusqu’en 1943 – est encore en vie. En 1927, De Geyter est invité à Moscou aux cérémonies du dixième anniversaire de la révolution d’Octobre. L’Union soviétique lui attribue une pension et la ville de Saint-Denis un logement. Pierre De Geyter meurt le 26 septembre 1932.

 

Piet Creve, AMSAB-ISG

     

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